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L’importance du développement de la force en kinésithérapie

La force, c’est la qualité physique reine.

Je l’affirme direct en début d’article. Je pose tout sur la table, comme sel et poivre. Bam.

Je m’explique.

C’est quoi la force ?

La force est la capacité à générer une force externe maximale contre un objet pour lutter contre son poids.

C’est une quantité vectorielle.

La force diminue le risque de blessure aux ischio-jambiers

Même si le niveau de preuve reste faible, pour le risque de lésion musculaire des ischio-jambiers, la force maximale excentrique de flexion de genou est à considérer comme un facteur de risque à prendre en compte (Green, 2020).

En effet, une faible production ou une réduction de la force sont associées à un risque accru de blessure : lors du début de la pré-saison, les joueurs ayant une force excentrique inférieure à 256N avaient un risque mutiplié par 2,7. Ceux qui présentaient une force inférieure à 279N en fin de pré-saison présentaient un risque multiplié par 4,3.

Sacrée différence.

Chez 152 footballeurs de 8 équipes de haut niveau, un risque relatif de 4,1 était retrouvé chez les joueurs dont la force étaient inférieure à 337N en début de pré-saison (Timmins, 2016).

Bien que certains auteurs trouvent une différence de production de force entre les futurs blessés et les autres, ce facteur pris isolément et ponctuellement (généralement en début de saison, donc à la suite d’une longue période de repos) ne permet pas de prédire ultra précisément le risque de blessure. Ce serait trop facile.

Le lien entre le tronc et les blessures aux ischio-jambiers

Remontons un peu au niveau du rachis.

On sait que la force des muscles du tronc (obliques internes et externes, érecteurs du rachis lombaire et thoracique) et du bassin (moyen et grand fessiers) détermine la stabilité lombo-pelvienne pendant la course (Willson, 2005).

Une diminution de cette stabilité est également un facteur de risque de blessure pour les ischio-jambiers (Green, 2020).

Sapristi.

Chez le footballeur, une étude rapporte qu’une activation moindre des fessiers (durant la phase de swing) et des muscles du tronc (durant la phase de retour de swing) augmenterait le risque de 20% de blessure au niveau des ischios. Et inversement, une augmentation de 10% de l’activation de ces deux groupes de muscles diviserait le risque par 3 (Schuermans, 2017).

Chez le footballeur australien, une activation moindre du muscle grand fessier durant la course à pied multiplierait le risque par 1,1 à 1,5 (Franettovich, 2017).

Travailler la force du tronc et les ischios, le combo gagnant ?

Une autre étude a comparé 2 groupes d’athlètes (24 au total) ayant contracté une blessure aux ischio-jambiers. Celle-ci rapporte qu’un programme d’exercices de renforcement et de stabilisation des muscles du tronc diminuerait significativement le taux de récidives (Sherry, 2004).

Néanmoins, le niveau de preuve de l’efficacité de ces programmes de renforcement des muscles du tronc reste faible, et significativement inférieur au renforcement excentrique des ischio-jambiers.

Et oui, malgré le fait que ce soit une pratique très répandue, on ne connait pas avec précision et fiabilité comment évaluer la stabilité lombo-pelvienne (je n’apprécie d’ailleurs pas trop ce terme, j’ai lutté pour accepter de l’écrire…), ni ce qui induirait précisément une baisse du risque de blessure pour les ischio-jambiers (Shield, 2018).

Bon, les ischios ça va 5 minutes, on en a marre.

On n’a pas que ça au cabinet ! On aussi des entorses de cheville, non ?

La force et les pathologies de cheville et de pied

Selon l’étude de (Smith, 2021) : 8 semaines de renforcement du pied & de la cheville, avec 20 à 30’ par séance permettrait une diminution du risque de blessure sur 1 an par rapport à un groupe contrôle qui courait, et qui en plus faisait des étirements. Il y avait 118 sujets, qui faisaient 20 à 100km de course par semaine. C’est large mais c’est intéressant.

La force et les personnes âgées en kinésithérapie

Et la maison de retraite là-dedans ? C’est la base en fin de matinée, non ?

Selon (Wingood, 2019), chez les personnes âgées (donc des adultes de plus de 70 ans), un protocole qui comprenait 3 séances d 45 minutes de renforcement musculaire par semaine pendant 10 semaines (à base de squat, de push-up, de tirages et de pontés pelviens à différentes intensité) a permis une augmentation de la masse musculaire, de la fonction, et de la force du grip. Trois variables clés dans le risque de mortalité. Exceptionnel.

En quoi consistait le protocole ?

Rien de bien méchant :

Semaine 1 : 2 x 12 répétitions
Semaine 2 à 4 : 3 x 10 répétitions
Semaine 5 à 7 : 4 x 10 répétitions
Semaine 8 à 10 : pareil que les semaines 5 à 7, avec une phase concentrique plus rapide

La charge utilisée visait un RPE compris entre 6 et 7/10. Peu de risque, et une efficacité quasi parfaite.

La force chez les patients douloureux chroniques

Et chez des patients fibromyalgiques ?

Mais si, tu sais… les patients que tu redoutes le plus car… on ne sait pas trop ce qu’ils ont, mais ils ont mal !

Et bien le renforcement musculaire semble très pertinent pour diminuer les douleurs. Preuve en est, la revue de littérature de (Hargrove, 2019) a regroupé 22 études sur le sujet. Bon, la fourchette de répétitions évaluée était large, voir… très large : 4 à 20 répétitions par série. Un râteau.

Les patients ont débuté leurs cycles de travail à 40% de leur 1RM.

Le pourcentage de patient prenant des anti-douleurs a diminué dans les groupes qui faisaient du renforcement musculaire, en plus d’avoir des niveaux de douleurs diminués ! Magnifique, non ?

Et ce n’est pas tout !

Avec seulement 2 séances par semaine, ils ont aussi diminué leur niveau de dépression, amélioré leur qualité de sommeil… et leur force a augmenté de manière impressionnante (entre 33% et 63% de gain en fonction des protocoles). Excellent.

La force et les pathologies de genou

Allez, ça continue. La méta-analyse de (Willsey, 2020) a regroupé 6 études et 7739 sujets.

Développer sa force au niveau des quadriceps diminuerait le risque de blessure relatif au niveau des ligaments croisés antérieurs, pareil pour les lésions myo-aponévrotiques des ischio-jambiers, et il en est de même pour toutes les douleurs antérieures du genou (syndrome fémoro-patellaire, tendinopathie patellaire et tutti quanti). Si Simon avait su à l’époque… il ne se serait peut-être pas fait les croisés, et il aurait hypothétiquement pu être meilleur qu’Antoine Dupont. Mais bons, les croisés tu connais

Et si on creuse à ce sujet (au sujet de la rupture du LCA), et bien on se rend compte qu’un déficit de force maximale peut perdurer sur la jambe opérée jusqu’à 10 ans après la rupture, par rapport au côté sain ! En 10 ans, t’as le temps d’en faire des choses productives.

Pour les ischios, suite à une LMA, le déficit de force peut lui durer jusqu’à 3 ans par rapport au côté sain. Ton gosse peut rentrer à la crèche OKLM.

Et si on va encore plus loin, on se rend compte que l’explosivité (donc la capacité à produire un haut niveau de force très rapidement) est diminuée dans les tendinopathies, les entorses et… dans les lésions des ischios donc je viens de parler.

Il faudrait donc adapter nos séances aux besoins de chaque patient : force maximale à vitesse lente ? Explosivité ? Puissance maximale ? Vitesse ?

Ca commence à devenir chaud !

Que faire en kinésithérapie pour développer la force ?

Ce qui est sûr, c’est qu’en kiné on a toujours tendance à sous-charger, et ca ne semble pas être la bonne solution, sauf lorsque notre patient est irritable (logique).

Certains auteurs parlent même d’atteindre au moins 160% du poids du corps sur un 1RM au squat pour être « bien » en termes de force maximale et de risque de blessure…

Bon, c’est à prendre avec des pincettes pour Jeannine et ses 58 ans. Quoi que…

Conclusion sur la force en kinésithérapie

Pour résumer rapidement, les bénéfices liés au développement des qualités de force ne sont pas mineurs ! Tout le monde devrait faire du renforcement musculaire, et développer sa force, je pense que tu l’as compris.

Tout cela c’est bien beau, mais comment faire concrètement avec nos patients ?

Les calculs de 1RM, tu sais très bien qu’au cabinet c’est trop risqué. La majorité de nos patients c’est Mr et Mme tout le monde. Des gens issues de la vraie vie, pas des champions de squat qu’on peut voir sur Instagram.

Ils ne savent pas bouger sous une barre lourde, et la balance penche plutôt du côté prise de risque inutile que du côté bénéfice si on joue trop avec le feu. Et n’oublie pas, primum non nocere, c’est la base en tant que kiné !

Après de nombreuses tentatives moyennement efficaces, et un tas d’essai de protocoles plus ou moins connus sur les 6 dernières années, avec Simon et Maxime, nous avons enfin trouvé des protocoles simples à mettre en place au cabinet, adaptés aux patients et à leur niveau… variable, et qui fonctionnent pour : diminuer les douleurs et améliorer les niveaux de force, donc de tolérance à la contrainte.

Et nous t’expliquons tout ça dans notre formation sur le renforcement musculaire.

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Allez, on se dit à tout de suite de l’autre côté.

Bibliographie

Green Brady. Recalibrating the risk of hamstring strain injury (HSI): A 2020 systematic review and meta-analysis of risk factors for index and recurrent hamstring strain injury in sport. Br J Sports Med. 2020;1081-8.

Hargrove Todd. A systematic review of the effects of strength training in patients with fibromyalgia : clinical outcomes and design consideration. Physio Network. 2019.

Willsey Teddy. Strength training is as effective as stretching for improving range of motion: a systematic review and meta-analysis. Physio Network. 2021.

Wingood Mariana. Strength and Endurance Training Prescription in Healthy and Frail Elderly. Physio Network. 2018.

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