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La pubalgie : l’ennemi public n°1

Le grand méchant loup, Scar dans le Roi Lion…

Ou pire, “Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom-Mais-Qu’On-Va-Quand-Même-Nommer-Parce-Qu’En-Tant-Que-Scientifique-On-Ne-Croit-Pas-Des-Masses-À-La-Magie”.

Des personnages haut en couleur, qu’on déteste, qu’on craint, qu’on aurait aimé n’en avoir jamais entendu parler.

Certains disent même qu’il ne vaudrait mieux pas en parler.

La pubalgie, terreur des sportifs, en fait partie. Les joueurs de rugby, de foot ou de hand frissonnent rien qu’en y pensant. À croire qu’ils préféreraient presque se faire les croisés (d’ailleurs, on l’opère ou pas ?).

Mais pourquoi cette pathologie est si crainte, pourquoi tant de haine envers un problème si commun ? Et d’ailleurs, on l’opère ou pas ?

C’est quoi une pubalgie ?

Déjà, de quoi parle-t-on ? “Wingardium Leviosa”, définition en lévitation grâce à la baguette du savoir : la pubalgie n’est pas un diagnostic à proprement parler, c’est un symptôme.

En effet, si on prend l’étymologie du mot (utiliser des trucs appris en option latin au collège, enfin !), “pubalgie” signifie “douleur au pubis” (ça valait le coup de s’ennuyer comme un rat mort le jeudi 16 à 18h pendant deux ans, ouais…).

Donc potentiellement, nous sommes tous atteint de pubalgie quand on ressent une douleur à l’entrejambe.

Qu’elle soit passagère ou chronique, bénigne ou plus grave, légère ou intense… Prendre un coup franc de Roberto Carlos ou une balle de quidditch d’Harry Potter dans les parties génitales, par exemple. Parce que oui, avoir des parties génitales externes (être un mec, ou plutôt avoir un physique de mec pour les spécialistes du genre) constitue un facteur de risque important.

Mais oublis tes craintes et continue ta lecture, ce n’est clairement pas des douleurs testiculaires dont on va parler. 

Quels sont les signes d’une pubalgie ?

Les plus grands experts de l’ennemi public numéro 1, plus dangereux que Jacques Mesrine pour les athlètes de haut niveau, se sont réunis sous le soleil de Doha en 2015 afin de mettre les choses au clair.

Le terme “pubalgie” (ou “Groin Pain”, en anglais) était, jusqu’alors, un fourre-tout utile qui permettait de diagnostiquer en un tour de bras quiconque se plaignait de douleur dans cette zone fragile.

Ces spécialistes ont fait le tri et ont divisé les pubalgies en 4 sous-groupes, qui différencient les structures anatomiques touchées ou à l’origine des douleurs :

  • les douleurs de l’articulation pubienne ;
  • les douleurs inguinales et pariétales ;
  • les douleurs liées au muscle ilio-psoas ;
  • les douleurs liées aux adducteurs.

Le diagnostic de pubalgie

On voit là l’importance d’un bon diagnostic, précis et spécifique. Car en fonction de la zone touchée, le traitement va être totalement différent.

Disons que Simba est bien gentil, mais il ne va pas paraître bien lourd face à Voldemort.

Examinons les forces en puissance, donc.

Les douleurs de l’articulation pubienne et les douleurs inguinales et pariétales

Les deux premières catégories relèvent d’un traitement médical voire chirurgical et la kinésithérapie n’aura alors pas beaucoup d’impact, un peu comme si tu utilisais un pistolet à eau pour contrer un Kamehameha.

Les douleurs liées au muscle ilio-psoas

La troisième catégorie est piège parce que si tu t’acharnes sur ce pauvre muscle ilio-psoas, tu as toutes les chances de te planter : en effet, ce muscle est rarement le siège d’une lésion primitive et il cache très souvent un problème sous-jacent (de l’articulation coxo-fémorale, par exemple). Alors, méfiance !

Tu te souviens quand tu jouais à Mario à 9 ans, et que tu te rendais compte que le méchant que tu venais de battre n’est en fait que le gardien du château du véritable gros méchant en criant “JE VAIS LE FINIR UN JOUR CE NIVEAU OU PAS ?!”

Là, c’est pareil. Sauf que tu as grandi, et qu’un kiné averti en vaut un et demi (pas niveau salaire, je te l’accorde).

Les douleurs liées aux adducteurs

Nous arrivons alors sur la dernière catégorie, celle des douleurs liées aux adducteurs. Là, nous sommes face à plus de 80% des cas de pubalgies.

Et bonne nouvelle, l’arme la plus puissante est entre nos mains.

Non, ce n’est pas l’épée de Gryffondor mais bien la kinésithérapie.

Il s’agit d’une tendinopathie d’insertion du long adducteur qui, sous le poids de trop de contraintes, ne peut plus s’adapter et fait donc jongler l’heureux élu.

Parce que oui, la pubalgie liée aux adducteurs est d’abord et avant tout un problème de surcharge. La capacité du tissu est inférieure à la contrainte imposée, ce qui crée une inflammation et une douleur (aiguë et/ou chronique).

Avant de chercher ce que le patient a bouffé la veille, la marque de ses pompes, sa mobilité T6-T7, il faut donc jeter un coup d’œil à sa charge de travail. 

Comment évaluer la pubalgie d’insertion des longs adducteurs ?

Pour détecter une pubalgie d’insertion des longs adducteurs, un outil diagnostic intéressant a été étudié par Thorborg en 2017 puis repris de nombreuses fois : le Squeeze Test.

Pour réaliser ce test, il suffit de te munir de ton avant-bras. Le patient est allongé sur le dos, jambes tendues. Tu disposes ton avant-bras entre les malléoles médiales du patient et, En Avant Guingamp !, demande à ton patient de serrer ton avant-bras le plus fort possible pendant 5 secondes.

Pas le temps de niaiser, pas question de lésiner !

La co-contraction des adducteurs va produire une mise en tension importante au niveau du pubis, les forces exercées sur cette zone sont comparables aux situations stressantes des activités sportives.

Attention, cela risque de faire mal… et tant mieux, c’est le but ! Le patient doit coter sa douleur sur une échelle de 0 à 10.

Ainsi, les participants de cette étude ont été classés en 3 groupes : “Sain” pour les douleurs entre 0 et 2, “Acceptable” entre 3 et 5 et “À risque” de 6 à 10. Hyper simple, même si ces notes peuvent te rappeler celle de ton niveau d’anglais au collège.

Le Squeeze Test est également utilisé comme marqueur pour suivre l’évolution du patient, mais ce test a tout de même une grosse faiblesse : si le blessé ne pousse pas, il ne risque pas d’avoir mal !

Pour choper les tricheurs et surtout disposer d’un marqueur plus fiable que le frère de Mufasa, on peut utiliser un dynamomètre de force. Ainsi, tu pourras combiner la production de force et l’évaluation de la douleur sur ce même test pour apprécier son évolution.

Exemple : un joueur ressent la même douleur lors du test que le précédent, mais sa production de force a augmenté de 20%.

Bravo, il a progressé. Va vite le dire sur Instagram, et fais-en une story sur Facebook même si c’est has-been selon certains.

Comment guérir d’une pubalgie ?

Ensuite, comme d’habitude, nous avons 2 stratégies à notre disposition qu’il va falloir manier comme Harry et son Nymbus 2000 :

  • Diminuer les contraintes temporairement ;
  • Augmenter les capacités des tissus.

Comme la plupart des pathologies ortho traumato !

Mais alors, pourquoi la pubalgie est vue comme la bête noire ?

Et bien, parce qu’on a l’habitude de considérer L’Équipe comme un journal scientifique de premier ordre et de prendre les joueurs pros comme des références.

On entend souvent parler d’opération pour ces derniers, mais beaucoup moins du travail fait au quotidien par les staffs médicaux pour prévenir ou soigner cette pathologie (qui peut être douloureuse et longue, si la charge de travail n’est pas gérée de manière optimale).

Et dans le sport de haut niveau, avec le rythme des compétitions, il est parfois très compliqué de manier au mieux la charge d’entraînement (sauf s’ils disposent d’une Salle de l’Esprit et du Temps, un de mes plus grands fantasmes).

Les sportifs de haut niveau ont des impératifs qui ne leur permettent pas toujours de bien se soigner et parfois, en dernier recours, ils font appel à la chirurgie. 

Toujours est-il que la pubalgie est loin d’être un problème insoluble pour le commun des mortels et que si j’ai réussi à finir Super Mario Bros, vous pouvez largement vous en sortir avec une rééducation bien menée.

Et pour aller plus loin au sujet de la hanche, c’est ici en présentiel, ou ici en ligne !

Allez, a tato !

Bibliographie

Thorborg, K, S Branci, M P Nielsen, M T Langelund, et P Hölmich. « Copenhagen Five-Second Squeeze: A Valid Indicator of Sports-Related Hip and Groin Function ». British Journal of Sports Medicine 51, no 7 (avril 2017): 594-99. https://doi.org/10.1136/bjsports-2016-096675.

Weir, Adam, Peter Brukner, Eamonn Delahunt, Jan Ekstrand, Damian Griffin, Karim M Khan, Greg Lovell, et al. « Doha Agreement Meeting on Terminology and Definitions in Groin Pain in Athletes ». British Journal of Sports Medicine 49, no 12 (juin 2015): 768-74. https://doi.org/10.1136/bjsports-2015-094869.

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1 Comment

  1. Comme toujours très bon article traité avec un excellent niveau de connaissances et d’humour ce qui rend le tout très apprécié! Merci à vous et force la team !


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