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Du rhum, de la fonte et de la bière nom de Dieu

Salut mon p’tit pote.

Tous les ans, c’est la même rengaine. On sort les chapeaux pointus ou les confettis, Tonton a décidé de faire le foufou en innovant avec des feux d’artifice qu’il fera péniblement partir du jardin entre la viande et le fromage… Mais il fait trop froid, flemme d’aller voir ça. Et puis, il ne faudrait pas rater minuit : 3, 2, 1… BONNE ANNÉE !! Les meilleurs vœux, la santé surtout et tout le bla bla. 

D’ailleurs, la résolution de cette nouvelle année est toute choisie : tu vas surfer sur la nouvelle mode pour faire le draille januri… Non, le try janari… Non, le drill janiaru… Bon, le mois sans alcool. Le “janvier sobre”, en français. Moins stylé, mais plus facilement prononçable et tout aussi clair.

Bref : en 2024, tu retournes à la salle et tu ne dilapideras pas toutes ces heures à suer sous la barre en buvant de la bière de basse qualité. 

Belle initiative… Mais tu sais quoi ? Accroche-toi, je vais te flinguer ta bonne résolution et sûrement te faire plaisir : boire un petit coup, c’est agréable, mais ça n’aurait surtout pas autant d’incidence sur ton entraînement qu’on le dit… 

Installe-toi, décapsule cette immonde Tourtelle fruits rouges : je vais t’expliquer.

Que dit la science au sujet de l’alcool et de l’activité physique ?

Parlons d’abord de cette méta-analyse de Shuval et al. qui date, comme par hasard, du mois de Janvier 2022. Ce papier a recensé toutes les études qui ont tenté de trouver un lien entre la condition physique et la consommation d’alcool. Pour l’occasion, ils ont rassemblé assez de participants pour remplir le Stade Bollaert de Lens. Celui du Nord-Pas-de-Calais, oui.

Coïncidence ? Certainement pas.

Ils ont divisé les buveurs en trois catégories, l’occasion pour toi de savoir si tu es une vraie poche (comme disent tes potes) ou pas tant que ça (comme tu aimes le répéter même si au fond de toi, tu le sais bien) : 

  • Les buveurs à consommation légère (moins de 3 verres par semaine), ceux que tu n’appelles que quand tu n’as personne d’autre pour aller voir le match du mercredi soir ;
  • Les buveurs à consommation modérée (entre 3 et 7 verres pour les femmes, de 3 à 14 pour les hommes), les valeurs sûres qui te feront passer une bonne soirée ;
  • Les buveurs à forte consommation (supérieure à 7 verres hebdomadaires pour les femmes, à 14 pour les hommes), ces foies pourris que tu essayes d’éviter au maximum pour pouvoir gérer ta journée du lendemain. 

Je te vois en train de transpirer et t’étouffer derrière ton portable, en prenant conscience de la vérité… Mais attends un peu, tu vas pouvoir respirer. Les conditions physiques ont également été divisées en 3 catégories : 

  • Condition physique faible ;
  • Condition physique moyenne ;
  • Condition physique bonne.

Devine où se situe la plus grande proportion de faibles buveurs ? Dans le groupe de faible condition physique, qu’on parle des femmes (69,7%) ou des hommes (45,5%). C’est-à-dire que ceux qui ont la plus mauvaise condition physique sont aussi souvent ceux qui boivent le moins. Pire : les faibles buveurs diminuent en même temps que la condition physique s’améliore, et les buveurs modérés augmentent avec la condition physique. 

Encore plus fou, la proportion des gros buveurs ne varie pas entre les différentes formes physiques et stagne autour de 4% chez les femmes ou 12% chez les hommes. Ils ne bougent pas, les soiffards ! Et ils sont autant à pouvoir courir le marathon qu’a squatter le zinc au bistro du coin. Dingue, non ?

Selon leurs statistiques, les femmes et les hommes en bonne forme sont respectivement 2,1 et 1,6 fois plus susceptibles d’avoir une consommation forte ou modérée… Prends ça, Janvier Sobre.

Ce n’est pas le seul papier qui en vient à ce genre de conclusions, d’ailleurs. D’apres Werneck et al. (2019), par exemple, les adultes brésiliens ayant un niveau d’activité physique élevé étaient également plus susceptibles de taper dans la caïpirinha. Selon la méta-analyse de Dodge et al. (2017), les 3⁄4 des études trouvent un lien entre des niveaux d’activités physiques élevées et une augmentation de la consommation d’alcool.

L’alcool est-il bon pour la santé ?

Mais alors, Tonton Michel avait raison depuis toutes ces années ? L’alcool permettrait de rester en bonne santé, le vin serait bénéfique pour nos artères et il n’y aurait pas mieux qu’une pinte pour soigner une gueule de bois ? On nous a menti, au même titre que Mickael Jackson est encore en vie (il aurait même été vu en train de jouer au UNO avec Coluche et 2Pac sur une île perdue au milieu de l’océan Atlantique, île dissimulée par la NASA).

Allez, arrêtons-le délire et brisons notre rêve commun : malheureusement, il n’y a pas de lien de causalité entre l’alcool et une bonne condition physique. L’explication se trouve peut-être dans le papier de Conroy et al. (2015), qui montre en effet que la consommation d’alcool est plus grande les jours où on pratique notre activité physique favorite. La bière après le Five ou les demis qui s’enchaînent à la fin d’une course, tu connais.

Cette tendance serait liée au phénomène de récompense : on a tendance à se laisser aller, à se faire plaisir et à se récompenser après une bonne séance de sport. “Celle-là, je l’ai bien méritée !”, entend-on souvent lors des événements sportifs, liquide houblonné dans un verre en plastique coincé entre des doigts encore dégoulinants de sueur.

Pourquoi les sportifs consomment de l’alcool ?

Une autre explication se trouve dans le lien social que créé l’activité sportive, les gens se retrouvant entre eux et débriefant leur prestation pour prolonger le moment autour d’un petit verre. Ou 2. Ou plus, pour 4% des femmes et 12% des hommes.

Et la bière, c’est bon pour la récup’ !” tente Tonton Michel entre deux gorgées de Villageoise, en rappelant qu’il avait plus de ballon que MBappé et Neymar réunis étant jeune mais qu’à son époque, fallait bosser à 14 ans. Pas le peine de débattre avec lui, ça risque de toute façon d’être la faute des immigrés à la fin.

Mais c’est vrai, il y a dans la bière des éléments qui permettraient de reconstituer les stocks d’éléments consommés pendant l’effort (tels que de l’eau, des glucides et certains électrolytes). Suffisant pour s’imposer comme l’aliment de choix pour aller chercher ces éléments ? La réponse, négative, se trouve dans les yeux vitreux de ton pote Benjam’ après 2 ou 3 pintes. 

Pour les glucides, ce ne sont certainement pas les plus à même d’être ingérés et digérés à ce moment-là. Concernant l’hydratation, l’alcool étant diurétique, on repassera.

Retiens tout de même tes larmes : selon une étude de Wynne et Wilson de 2021 qui fait le tour de la question de la binouse et du sport, une bière à la teneur en alcool inférieure à 4% ferait le taf. Et s’il y a plus de 4 bourrins, alors cela pose problème pour la réhydratation. Surtout si la récupération est inférieure à 6 heures…

D’ailleurs, si tu veux optimiser ta récupération, j’ai ce qu’il te faut : un guide totalement gratuit sur la récupération. Tu as juste à cliquer ici pour le télécharger.

Bon, vu que tu tapes dans le ballon une seule fois par semaine, ça devrait le faire. N’empêche, essaye d’oublier la 8-6 ou la Chouffe.

Ok pour les footeux du dimanche, on s’en doutait.

Et pour les sports de force alors ?

Mais pour les bibi des CrossFiteurs, qu’en est-il ? 

Concernant le renforcement et les mécanismes d’adaptation, intéressons-nous à cette étude de Paar et al. (2014). Une équipe de chercheurs qui ne devait pas être fâchée avec l’apéro, au vu de leur protocole sorti tout droit d’un débit de boisson moscovite. 

8 hommes triés sur le volet, dont sûrement ton pote Benjam’ et Tonton Michel, ont effectué 3 séances de renforcement immédiatement suivies d’une “collation”. 3 conditions étaient, alors, comparées : le premier groupe ingérait seulement des protéines, le second ajoutait de l’alcool aux prot’ et le troisième gardait l’alcool mais remplaçait les protéines par des glucides. Les résultats sont sans appel, les pochtrons (2e et 3groupes) voyaient leur synthèse protéique diminuer de 24% et 37% par rapport au groupe “protéiné” (1er groupe). 

Pas de quoi tomber des nues, on te l’accorde. Mais combien de verres ont dû ingurgiter les participants, au juste ? 1, 2 voire 3 ? Tu es froid. Allez, 8 ou 9 ? Tu chauffes… 10, 11 ? Presque… 12. DOUZES VERRES ! Les mecs se sont mis 12 vodkas orange derrière la cravate, 12 shooters dans le gosier !

Déjà, bravo les Australiens d’avoir fait valider un tel protocole et de nouveaux applaudissements pour avoir trouvé les types qui ont sacrifié leur foie pour la science ! Reste que cela atténue tout de même les conclusions parce qu’évidemment, avec 12 godets dans le tiroir, on peut facilement imaginer que les types ne produisent pas de muscles… Si déjà ils ne se sont pas endormis dans le caniveau, ce sera déjà pas mal. Pas vrai, Benjam’ ?

Plus étonnant encore, la synthèse protéique a tout de même significativement augmenté par rapport à l’état pré-exercice… Donc non, si tu bois une petite mousse après ta séance de muscu, tu n’as pas trop à t’en faire : tes efforts n’auront pas été vains, et tu auras progressé.

Que fait-on alors ? On boit de l’alcool ou pas ?

Dès lors, que faire de ces nouveaux éléments ? Est-ce qu’on se met la petite sœur, sans mousse si tu as ? 

Loin de moi l’idée de t’inviter à la débauche puisqu’avoir un mode de vie sain est sans aucun doute la meilleure chose qu’il soit pour la récupération, pour la synthèse protéique mais surtout pour la santé en générale. L’alcool est un psychotrope puissant, avec un effet d’addiction qui n’est plus à démontrer. L’alcoolisme est une vraie maladie, et 41000 personnes meurent en France de problèmes liés à l’alcool.

C’est un facteur de risque pour de nombreuses maladies dont les cancers du foie, du sein, du larynx, du pharynx, de l’œsophage, du colon et j’en passe… Sans alcool, la vie n’est pas plus folle mais dure souvent plus longtemps. Bref, c’est une vraie merde et celui ou celle qui n’a jamais bu ne devrait jamais commencer. 

Pour les autres, à défaut d’arrêter et de se priver de ce petit plaisir (ça reste de la gastronomie !), il est recommandé de limiter sa consommation quotidienne à 1 verre pour les femmes et 2 pour les hommes et pas tous les jours.

Genre si l’envie t’en prend de faire des dry-Monday, c’est cool.. Mais dès le premier verre, nous nous mettons à portée de fusil de l’addiction. Si ta motivation réside dans la récupération, l’alcool dégrade passablement la qualité du sommeil, base essentielle de la récup’. 

N’empêche, il serait dommage de blâmer les sportifs qui font une petite entorse à la règle après s’être bien dépensé et qui ont pris du temps pour un élément capital de leur santé, l’activité physique.

Est-ce que l’alcool ruine tous leurs efforts, est-ce que cela annihile tous les mécanismes d’adaptation ?

Pas si sûr. En tout cas, cela dépend évidemment de la dose. 

Et comme dirait un pote à moi, “c’est la dose qui fait le poison”. 

Allez, a tato… et santé !

Bibliographie

Shuval, Kerem; Leonard, David; Chartier, Karen G. Fit and tipsy? The interrelationship between cardiorespiratory fitness and alcohol consumption and dependence. Medicine & Science in Sports & Exercise 54(1):p 113-119, January 2022. | doi: 10.1249/mss.0000000000002777

Werneck AO, Oyeyemi AL, Szwarcwald CL, Silva DR. Association between physical activity and alcohol consumption: sociodemographic and behavioral patterns in Brazilian adults. J Public Health (Oxf). 2019;41(4):781–7.

Dodge T, Clarke P, Dwan R. The relationship between physical activity and alcohol use among adults in the United States. Am J Health Promot. 2017;31(2):97–108.

Conroy DE, Ram N, Pincus AL, et al. Daily physical activity and alcohol use across the adult lifespan. Health Psychol. 2015;34(6):653–60.

Wynne, J. L., & Wilson, P. B. (2021). Got Beer? A Systematic Review of Beer and Exercise. International Journal of Sport Nutrition and Exercise Metabolism, 31(5), 438-450. Retrieved Jan 12, 2024, from https://doi.org/10.1123/ijsnem.2021-0064

Alcohol Ingestion Impairs Maximal Post-Exercise Rates of Myofibrillar Protein Synthesis following a Single Bout of Concurrent Training 
Parr EB, Camera DM, Areta JL, Burke LM, Phillips SM, et al. (2014) Alcohol Ingestion Impairs Maximal Post-Exercise Rates of Myofibrillar Protein Synthesis following a Single Bout of Concurrent Training. PLOS ONE 9(2): e88384. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0088384

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