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Comment préparer notre patient à sa chirurgie du ligament croisé ?

« Les croisés tu connais, fin de carrière ».

Tu as sûrement déjà entendu cet adage populaire.

Mais comme beaucoup de croyances populaires, il y a parfois du vrai, mais souvent beaucoup de faux…

Est-ce que la rupture du ligament croisé met fin à des carrières (pour de vrai) ?

L’avis de la science

Un papier de 2014 (Ardern, Taylor, Feller, & Webster, 2014) fait un état des lieux des pratiques sportives, des malheureux, athlètes qui ont souffert d’une rupture du ligament croisé antérieur et qui se sont fait opérer (je t’invite à lire notre article sur l’intérêt de l’opération, les choses sont en train de changer ces derniers temps)…

Bon revenons-en à nos moutons : les résultats de cette étude sont (à mon sens) catastrophiques…. et montrent qu’il y a une partie de vrai dans notre fameux adage populaire #lescroisestuconnais !

20% des patients opérés ne reprennent aucune activité physique (dramatique d’un point de vue santé publique) et seulement 55% retrouvent le même niveau qu’auparavant.

Je vous l’ai dit : ce sont vraiment des résultats faiblards.

Il faut bien garder à l’esprit qu’avec l’impact que cette opération a sur la vie quotidienne des patients, l’objectif principal doit être de pouvoir reprendre une activité physique. Sinon, à quoi bon se faire opérer ? On peut très bien vivre sans ligament croisé (comme mon daron Pascal que ça ne gêne pas pour narrer ses anciens exploits sportifs).

Un entretien avec le patient est pour moi primordial en amont de l’opération, pour en savoir un petit peu plus à ce sujet de la reprise du sport.

Communiquer avec son patient avant l’opération

He oui, nous devons comprendre sa motivation principale à se faire opérer. Est-ce qu’il choisit cette solution parce que son oncle Michel lui a dit que « les croisés = opérations sinon fin de carrière » ? Ou bien a-t-il toutes les cartes entre ses mains pour se faire son propre avis ? Sait-il en quoi consiste une rééducation post-ligamentoplastie ? Quel sera l’impact sur sa qualité de vie pendant les premières semaines ? Quels obstacles va-t-il devoir surpasser toutes au long de sa rééducation ? Bien souvent… non

Et ça pose un gros problème d’un point de vue de l’éducation thérapeutique.

Petite anecdote pour illustrer ces propos : j’avais un patient (que je n’avais pas suivi en pré-opératoire) qui s’était fait opérer 2 mois plus tôt, qui vient faire sa rééducation post-op au cabinet.

On bosse pendant 1 mois, puis il arrive à un rendez-vous, et en début de séance il me sort : « mais Simon, c’est bientôt fini la rééducation ? ».

Là tu imagines bien ce qui est passé par ma tête…

J’ai réfléchi 30 secondes (oui, ça m’arrive) et je lui ai répondu : « heuuu… bah non ! Généralement ça dure au moins 6 mois (sachant qu’il n’avait pas d’objectif sportif particulier), le chirurgien ne t’en a pas parlé ? ».

Et c’est malheureusement souvent le cas : les patients ne sont pas informés sur les suites opératoires et l’implication nécessaire pour une telle rééducation ! Comme les chirurgiens ne le font pas (pour la majorité…) il est de notre devoir d’éduquer sur les suites post-op’, et ce pour 2 raisons :

– Être sûr qu’ils soient prêts à faire les sacrifices nécessaires pour leur rééducation (bah oui venir chez le kiné 3 fois par semaine pendant 8 mois, même si t’es super cool, c’est chiant…)

– Impliquer ton patient à 100% dans sa rééducation afin qu’il comprenne tous les tenants et aboutissant de ces longs mois qu’il va passer en ta présence !

On le sait aujourd’hui, l’évaluation psychologique est primordiale dans la prise en charge d’un patient en 2023, notamment avec la mise en lumière du modèle bio-psychosocial. C’est ce modèle qui fait que chaque prise en charge sera différente. Alors, oui bien sûr, tu auras des lignes directrices similaires, mais il faudra les adapter en fonction du ressenti et de l’impact psychologique qu’amène la blessure à ton patient.

Et d’ailleurs, je pense que les kinés de Ney‘, notre bon vieux Neymar adoré, ne lui avaient pas expliqué ce qui allait lui arriver après… Preuve en est, cette FABULEUSE vidéo :

Fin de carrière pour Neymar après sa chirurgie du ligament croisé du genou ?

Expliquer au patient ce qu’il va se passer après sa chirurgie du ligament croisé

Donc un jour je me suis chauffé à faire une présentation (un truc stylé sur PowerPoint) pour les patients (j’en avais marre d’oublier des trucs importants à chaque entretien, et c’était plus facile pour s’en souvenir) afin de leur expliquer concrètement ce qui allait se passer après l’opération.

En bon prince que je suis, je vais t’en donner les grandes lignes…

Ça suivait cette trame :

1. Pourquoi je me suis fait une rupture du ligament croisé ?

Je commence en règle générale par expliquer au patient qu’il n’est pas le seul à s’être fait cette blessure (et oui, moi aussi), et je lui présente les différents facteurs de risque de se blesser (faiblesse du quadriceps, contrôle moteur, fatigue… ce qui débouchera logiquement sur les grands axes de notre prise en charge en kinésithérapie). C’est donc le moment pour moi d’expliquer ce qu’est le « contrôle moteur » (alors bien sûr je l’explique avec des termes compréhensibles… pas du charabia médical que seuls nous autres pouvons comprendre). Bah attends : le contrôle moteur étant primordial par la suite, ça lui permettra de comprendre l’intérêt d’effectuer des exercices de renforcement ou d’activation des fessiers alors qu’il s’est fait opérer du genou…

2. Pourquoi m’a-t-on proposé de me faire opérer ?

La deuxième diapo’ me permet donc d’informer le patient sur la raison de l’opération.

Ç’est clairement le moment de lui poser cette question : « pourquoi est-ce que tu veux te faire opérer ? ».

Laisse-le réfléchir et ne te contente pas d’un « c’est le chirurgien qui me l’a dit ».

Et en fonction du contexte, il sera l’heure pour toi d’insister sur ton objectif de kiné. Pour moi, Simon, dans ce genre de rééducation, mon but c’est de faire retrouver au patient sa pratique sportive antérieure à son niveau (bon, seulement si c’est son souhait, mais j’avoue être biaisé et fortement les aiguiller), ou à minima qu’il reprenne une pratique sportive !

Et qui dit opération, dit greffon, et nouveau ligament. Mais en réalité à quoi sert ce ligament ? C’est obligatoire, selon moi, que le patient comprenne que le ligament n’a pas qu’un rôle mécanique, mais aussi informationnel ! Qu’il va falloir s’habituer à utiliser d’autres structures pour jouer ce rôle informationnel, et que forcément… ça demande beaucoup de répétitions, et donc du temps.

3. Quelles sont tes attentes ?

Pour savoir dans quelles directions nous devons mener la rééducation, il est primordial de connaitre les objectifs du patient (que ça soit d’un point de vue professionnel, sportif ou personnel)

Ou est ce qu’on doit aller sur le plan sportif ? Est-ce que tu veux faire du footing comme un cinquantenaire ? Est-ce que tu veux retrouver ton niveau d’avant au curling ? Ou est-ce que tu veux profiter de ce moment pour pouvoir te transformer en Super Sayen quand tu retourneras sur le terrain à la fin de la rééducation ?

Idem sur le plan professionnel : quel est l’impact de la blessure sur ton travail ? Est ce qu’on a des impératifs ? Est-ce que le travail va impacter ta récupération ? Forcément, entre Jean-Pierre, maçon, et Jean-Eude, informaticien, les contraintes sont LÉGÈREMENT différentes…

Pour conclure cette slide j’insiste dès à présent sur le fait qu’atteindre ces objectifs va demander : 1 du temps et 2 de l’implication !

4. Quelle méthode opératoire le patient va-t-il subir ?

Kenneth Jones, DIDT, reconstruction… toutes ces techniques chirurgicales ont des avantages, des inconvénients et donc des spécificités dans la gestion de la rééducation !

C’est important d’expliquer au patient ce qui va réellement se passer pendant l’opération (quelle partie du corps va être utilisée pour remplacer le ligament rompu par exemple). 

Pour rappel ton patient ne sait pas forcément où se situe un quadriceps ou les ischio-jambiers, il faut donc utiliser des termes simples et préciser où se trouvent ces différentes structures. Il est primordial de leur expliquer quel est le rôle de tel ou tel muscle, et quel sera l’impact du prélèvement de tel ou tel greffon sur ses activités quotidiennes…

5. Présenter les 4 phases de la rééducation du ligament croisé

Ces 4 phases définies sur des objectifs fonctionnels purs sont :

  • Gestion aigue de la douleur
  • Reprise de la marche sans canne
  • Reprise de la course
  • Reprise de la pratique sportive

L’explication de ces phases va permettre à ton patient de se projeter et de voir les étapes qu’il aura à accomplir. Et pourquoi pas d’estimer le temps qu’il lui faudra pour passer d’une étape à une autre (en lui précisant bien que des tests vont te permettre de valider chaque étape, attends tu ne fais rien au hasard, t’es un kiné EBP). 

Bien sûr chaque phase est illustrée avec des images très parlantes de sportifs qui soulèvent des poids, font des sprints, sautent… Histoire qu’il comprenne quand même qu’il vient chez le kiné réathlétisateur et pas chez le kiné de la Thalasso du bassin d’Arcachon !

Pour maitriser tout ça comme il faut : clique ici (une vraie formation bien EBP sur le renforcement).

Cette séance d’éducation thérapeutique est aussi un moment pour échanger avec ton patient, et un moment où tu dois lui poser des questions ouvertes afin d’être sûr qu’il ait bien tout assimilé !

Conclusion

Je vous recommande d’ailleurs de faire venir les parents si vous avez un mineur en soin. C’est important que l’ensemble des informations soient correctement intégrées par l’ensemble des parties qui peuvent influencer la récupération du patient ! Et ouais, car quand tu avais 15 ans, ce n’est pas toi qui faisait à manger.

Donc si tu veux que Jacqueline soit un soutien inébranlable dans la rééducation du petit Kevin que tu as au cabinet pour son LCA… tu sais ce qu’il te reste à faire !

Peut-être que grâce à toi, il signera un jour au PSG (ou pas).

Allez, à la semaine prochaine !

Bibliographie

Ardern CL, Taylor NF, Feller JA, Webster KE. Fifty-five per cent return to competitive sport following anterior cruciate ligament reconstruction surgery: an updated systematic review and meta-analysis including aspects of physical functioning and contextual factors. Br J Sports Med. 2014 Nov;48(21):1543-52. doi: 10.1136/bjsports-2013-093398. Epub 2014 Aug 25. PMID: 25157180.

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